17 janvier 2010

L'Eau, la forêt et la plaine.

Plic.

Ploc.

La pluie tombe lentement, lourdement sur la mer. Aucun bruit, si ce n’est l’écho d’un vague tonnerre, dans le lointain.

De temps en temps, on voit là la nageoire d’un Léviathan crever la surface, là, les yeux globuleux d’un homme-poisson scruter aveuglément les cieux.

Plouf.

Une rame crève la surface. Le Léviathan s’enfonce lentement dans les profondeurs et l’homme-poisson se cache sous son rocher.

Plouf.

L’homme, sur sa barque, avance, tranquillement, méthodiquement. La pluie s’arrête doucement de tomber. La mer se fait d’huile, les cieux s’ouvrent sur le noir de la nuit. Calmement, l’homme pose ses rames et se lève. Plus rien ne bouge. La mer s’étend à perte de vue, noire et froide. Les cieux, abandonnés par les nuages, couronnent le monde, d’un bout à l’autre, noirs et froids.

 

« Il est temps ! » tonne la voix de l’homme.

La mer frémit et s’agite en ondulations concentriques. Les cieux tremblent, mince vibration à peine perceptible.

La mer hésite. L’homme s’agite.

 

« Il est temps ! »

 

La mer ondule en vagues titanesques. Les cieux vibrent, fragiles, à l’image de leur reflet aqueux.

Lors la mer se retire dans ses cavernes et ses fosses secrètes. Elle cache sa masse dans les profondeurs, apeurée, écrasante, laissant à nu les roches de la terre jadis engloutie.

Les cieux s’élèvent en crainte, et se font prercer par les étoiles, qui déversent leur pâle et cruelle lueur sur le monde.

La barque de l’homme se pose sur une roche, surplombant le charnier qui se dévoile. Léviathans agonisants, Krakens écrasés par leur propre masse, hommes-poisson suffocants. Les enfants de la mer gisent, morts ou peu s’en faut, sur le sol de la terre jadis berceau de l’Eau.

L’homme descend de sa barque et s’avance vers la mer que l’on devinr encore dans le lointain. L’homme lève son poing. Le Soleil perce l’horizon, et fait encore reculer la mer.

Alors de l’horizon viennent les semblables de l’Homme, hommes et femmes tous réunis. Ils avancent à la suite de l’Homme, faisant naître l’herbe verte sous leurs pieds, nourrie par les cadavres des enfants de la mer.

Le bois de la barque se déploie, s’enfonce dans le sol maintenant fertile. Des arbres poussent et commencent à disputer l’espace à la plaine.

Les hommes avancent, entreprenant leurs affaires à la suite de l’Homme. Le Soleil est à son zénith. Lorsqu’il ne sera plus qu’un souvenir, au cœur de la nuit froide, on verra les barghests, les vampires et les loups-garous revenir furtivement hanter la plaine, et les dryades, sylvains et elfes retourner au cœur de la forêt. La mer, meurtrie, attend, retirée des affaires du monde, régénérant ses enfants en son sein.

La terre nouvellement émergée vit, disputée par les hommes et ceux de la plaine et de la forêt.

La mer séculaire, elle, attend.

La roue a tourné.

Et le cycle recommencera.

Son heure reviendra.

Et comme à chaque fois, elle reviendra, plus forte.

Encore et encore.

Posté par Grinder à 22:06 - Commentaires [0] - Permalien [#]
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