11 janvier 2010

Plaine, forêt, eau.

La nuit, noire, lourde, se penche sur le monde.
D’un côté, la plaine. De l’autre, la forêt. L’eau, indifférente, reste au loin, patiente, millénaire, observatrice.
La ténèbre s’étend peu à peu, tuant le soleil sous ses sombres assauts. Des lueurs s’allument dans la forêt, discrètes, tandis qu’un long hurlement, précurseur, se fait entendre sur la plaine. La mer se retient de ne serait-ce que clapoter. Un sentiment d’attente.

Puis le premier loup-garou s’en vient sur la plaine. Il n’est pas seul, et bientôt, il se voit agacé par des vampires, tandis que passent autour de lui barghests, cerbères, drakes et spectres. Les lueurs de la forêt se font plus nombreuses, et l’on peut lors apercevoir les elfes, les dryades, les centaures, les sylvains et les fées. Les émissaires de l’eau restent dans les froides profondeurs, en attente, patients, gluants et visqueux.

Les deux armées se rencontrent, un peu sur la plaine, un peu dans la forêt. C’est un déferlement de violence, un chaos de bruit, de sons, de mouvement, des éclairs, du sang, beaucoup, et l’odeur de la mort. Là, un loup-garou éventre un elfe, répandant ses entrailles sur le sol à la faveur d’une lune jaune et malade. Là, un elfe décoche une flèche mortelle sur un cerbère aux prises avec un centaure. La bataille est rude, incroyablement violente, éclaboussements de sang et de viscères, et par-dessus tout l’odeur de la mort et celle, âcre et cuivrée, du sang qui coule en une rivière, qui serpente lentement jusqu’à la mer.
L’eau boit, le sang et les âmes des morts, et nourrit ses enfants qui baignent en son sein. Léviathans, krakens et requins démoniaques se repaissent des morts.

Le fleuve de sang s’élargit, Styx au flot tumultueux, charriant des caillots de sang, là un bras, là une tête à moitié dévorée. Les elfes lancent encore un ou deux traits par-dessus le gouffre qui se crée, les vampires volent au-dessus de l’abîme, mais la bataille touche à sa fin. Les sylvains referment de leurs branches séculaires la forêt, et les monstres de la plaine s’abiment dans le lointain.

Le Styx coule maintenant, large, vers la mer. Son lit est profond et violent, tout comme l’a été la bataille. L’eau boit, et se nourrit, patiente. Elle a tout son temps. Viendra un jour où plaine et forêt seront affaiblis. Viendra un jour où tous ses enfants seront développés et forts. Alors, la mer se lèvera, tumultueuse, immense et glacée, balayant les terres, renversant les arbres. Elle noiera le monde, nourrissant ses enfants des créatures qui respirent de l’air.

Les deux mondes seront alors réunis. La plaine et la forêt seront englouties, tels un charnier, terreau pour les enfants de la mer abyssale. En attendant, la mer attend.

Et elle boit le sang de la terre.

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