28 décembre 2009

Et je cours...

J’ai beau courir, je n’arrive pas à les rattraper. Elles courent, devant moi, virevoltantes, riantes, éblouissantes, fraîches comme la rosée un matin de printemps. Et moi, je cours derrière, à en perdre haleine, à en perdre la vue, mais je vois toujours leur image, gravée au fer dans mon cerveau.

Elles, elles gambadent gaiement, cueillant de-ci de-là un coquelicot, un fruit, sans s’arrêter, avec grâce et légèreté. Et moi, je piétine derrière, j’écrase l’herbe de mon pas lourd, et le vent fait écho à mon souffle manquant.

De temps en temps, j’arrive à proximité de l’une d’entre elles. Elle me prend par la main, elle me sourit, et le soleil brille un peu plus fort. Nous faisons une pause dans notre course. Je l’élance, elle m’embrasse, et l’été arrive, fort et chaud, brûlant comme notre passion. Mais son regard me transperce. Je la vois qui hésite, puis son sourire tombe. Elle se remet à courir, éperdue, alors que les feuilles tombent autour de moi, du beau rouge de l’automne, rouge comme mon cœur qui saigne.

Alors je recommence à courir. Quelque fois, j’en croise une, sur ma route, avec un autre, ils sont étendus sur la prairie du printemps, heureux. Elle ne me regarde pas. Une autre fois, j’en revois une courir, dans une autre direction que la mienne. Elle ne souhaite plus courir devant moi. Je souffle et je continue.

Je m’arrête à nouveau, le printemps est là. Je la tiens par la main, elle sourit. Mais moi, je ne souris pas trop. Je la regarde, comme d’autres ont pu me regarder. Je lui lâche la main, et c’est moi, qui cours, loin d’elle. Les pommes qu’elle tenait se sont transformées en cailloux qu’elle me lance dans un cri de rage. Parfois, j’en revois une, comme ça, avec des pierres ou des fleurs, qui revient vers moi. Mais je cours plus vite, devant, et je les distance.

 

Je cours encore, maintenant. Mais il n’y a plus personne devant moi. Je cours tout seul, sur la prairie des saisons, en regardant défiler autour de moi le ballet du printemps, de l’été, de l’automne et de l’hiver. Parfois, j’entr’aperçois un fantôme blond, ou un reflet brun, dans l’eau d’un étang ou sur une feuille d’arbre couverte de rosée. Mais ce n’est qu’un reflet illusoire, je me noie dans l’étang et je m’étouffe avec ma feuille. Je cours seul. Les saisons défilent. La plaine s’enfuit, éternelle, sous mes pas.

Je ne pourchasse plus personne, malheureusement. Je ne sais même plus pourquoi je cours. Mais j’ai toujours l’espoir, qu’après cet arbre, qu’après ce lac, il y ait…

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Écrit en dix minutes. Bonnes fêtes de fin d'année à tous.

Posté par Grinder à 21:54 - Commentaires [0] - Permalien [#]
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